Aujourd'hui le mot Roue. Silence, ça tourne, moteur, action !
-_-_-_-_-_
Quatre heures du matin, presque cinq, la route est plutôt déserte et la nuit encore noire. Nous traversons la campagne.
A côté de moi Lydie somnole sur son siège couché, la route nous berce, la radio aussi, je conduis en silence, calme et absorbé.
Il y a une demi-heure encore nous dansions sur la piste au c½ur d'une boite surchargée, surchauffée, surpeuplée. Danse de boite, côte à côte et corps moites, elle, petite jupe plissée, bottes et débardeur décolleté elle flirtait, papillonnait, dansait collée serrée avec des inconnus.
Moi de mon côté, les yeux remplis de désir et d'amertume j'en faisais autan, effleurant des corps féminins, des regards, des verres tout en m'en voulant de ne jamais lui avoir dis mon envie d'elle.
Soupe électro déversée par la radio, un regard en coin qui plonge dans son décolleté non sans arrières pensées, je connais la route par c½ur, regard en coquin qui glisse sur ses cuisses nonchalamment décalées.
Petits virages en S et traversée d'un hameau sous les halos des réverbères, pourquoi est- ce que je fais cela ? Un trait de lumière, un regard en coin, elle semble dormir, ma main sur sa cuisse, elle frémie, me regarde puis souris. J'insiste, elle se laisse faire, je remonte très vite me loger au creux de ses cuisses avant qu'elle ne change d'avis, elle s'étire, cuisses entrouvertes et érection sous ma ceinture.
Drôle de vibration, sourde et rythmée, la voiture qui tremble, ma main qui bondit sur le volant, ralentir, elle se redresse et me jette un regard aussi rieur qu'interrogatif.
Ce n'est rien, je n'en suis pas sûr, je n'ai pas peur, ligne droite, vibrations accentuées, va falloir s'arrêter, à 200 mètres un réverbère, j'arrive à m'arrêter en dessous.
Bouge pas je vais voir ce qu'il se passe, je descends, fais le tour, pas de surprise, roue avant à plat, crevaison. Je me penche sur la fenêtre, elle s'est rallongée, sa jupe remontée un peu, assez pour que je vois dessous le tissu rouge de sa culotte, vite que je change cette roue.
Ne t'inquiète pas une crevaison, trois fois rien, je change la roue et je te rejoins, reste chaude, petit lapsus pas si involontaire, direction le coffre, soulever le tapi de sol, la grosse vis qui retient la roue de secours, chercher calée dans l'aile la clef. Je dévisse la roue la tête ailleurs, bruit sourd de la roue qui se libère et tombe.
Maintenant défaire la roue crevée, trouver le cric. Retour vers le coffre, chercher sous l'aile, j'essais d'arracher la moquette, non ce n'est pas là, pas paniquer, sous mon siège peut être, non plus, je sais que je sais, oui mais où ? Ouvrir le capot, rien non plus, j'enlève ma veste, retrousse les manches de ma chemise, blanche.
Lydie sort, ça va ? Je ne trouve plus le cric, rires ! Oui ça y est ça me revient, il est caché dans les aérations, petite grille ouverte et l'objet repéré, reste à le sortir. Dans ma boite a gants la lampe n'a pas de piles, reste la lumière du portable, Lydie m'éclaire tandis que je ma bats pour sortir le cric, enfin, c'est fait.
Dévisser les écrous, toujours un qui bloque malgré mes coups de pieds, j'ai chaud, en sueur, l'aube ne va pas tarder à poindre. Lydie s'amuse de moi, j'en souris. Enfin il cède, les écrous retirés, la roue l'est aussi, reste à la changer, remettre roue de secours, resserrer, remettre la voiture sur le sol.
Enfin je remonte dans la voiture, j'ai de la graisse et du cambouis plein la main, de la sueur plein la tête, chemise sale, elle rit de plus belle, je ris avec elle et reprends la route. On discute, elle se moque, je taquine, on n'évoque rien de nos désirs, on rentre.
Rémy
-_-_-_-_-_
Je monte les escaliers quatre à quatre, même pas essoufflée, vite retrouver maman pour lui annoncer la grande nouvelle. Je pousse la porte et la referme d'un grand coup de pied, pas le temps. Je passe une main impatiente dans mes cheveux pour les dégager de mon front, geste que je répète à longueur de journée, geste qui est devenu un tic.
« Maman ! Les forains sont arrivés, ils ont installé la grande roue .
Chlak ! oh ! ma joue me brûle mais surtout je sens à nouveau ces maudits cheveux dans mes yeux.
_Tiens ! ça c'est pour la porte.
Je ravale mes larmes, je ne veux pas pleurer, pas le temps, et puis je suis trop excitée par l'arrivée de ce nouveau manège. Je bafouille une excuse.
_ Maman ! tu l'as vue la roue ? tu en as déjà fait toi ?
_Range tes affaires et après tu iras acheter le pain.
_Maman ! mes cheveux me gênent, je pourrais les faire couper ?
Je passe une nouvelle fois ma main dans cette chevelure de sauvageonne mais j'obtiens l'effet contraire , plus je m'acharne et plus cette tignasse double de volume.
_Maman, s'il te plait ! mes cheveux me gênent.
_Mais tais- toi un peu, oui, c'est bon, je te prendrais un rendez-vous demain, mais c'est vrai ma pauvre fille, on dirait une folle.
Elle m'a entendue, je m'approche spontanément d'elle pour lui dérober un baiser de remerciement. Mais je stoppe aussitôt mon élan en croisant son regard. Ma gorge est à nouveau douloureuse, non ! ne pas pleurer, elle déteste cela.
Je prends la monnaie posée sur le buffet, je sais que je n'aurais rien à lui rendre, qu'elle aura préparé l'appoint.
La roue est installée, je reste éloignée pour l'admirer dans son ensemble, j'entends les cris effrayés et joyeux des gosses venus nombreux pour tournoyer dans les airs. Je n'arrive pas à détourner les yeux de cette roue magique, elle me fascine et me donne une nouvelle fois envie de pleurer.
Combien de temps je suis restée spectatrice ? je ne sais plus, j'ai perdu la notion du temps.
Je me décide enfin à rebrousser chemin. Oh ! j'ai mangé les trois quart de la baguette. Je cours, je cours, j'ouvre la porte, la referme sans bruit
Chlak ! ma deuxième joue devait être jalouse.
Je veux vite grandir, je ne veux plus être gênée par mes cheveux, je veux moi aussi grimper très haut dans le ciel et dominer le monde dans la roue magique, je ne veux plus ressentir la brûlure et l'humiliation de la claque quotidienne, je veux faire péter les portes si j'en ai envie, je veux pleurer sans retenir ces larmes qui m'étouffent, je veux rire, faire rire, je veux parler et que l'on m'écoute, je veux donner et recevoir des baisers, je veux connaître la douceur d'une main caressante sur ma joue.
Je veux, je veux plus.
La roue tournera t-elle un jour ?
El